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Villa

grève de la faim, 41è jour


Ils marchent sur
des montagnes de tessons
et dressent des échelles
à l’assaut du béton
sur les barreaux ils ont
accroché l’étendard
de leur vie qui se consume
comme vite elle
est passée
comme lente
a coulé

c’était hier
dors mon petit dors
c’était hier
les rendez-vous glorieux
avec l’aimée
c’était hier
dans leur bras
leur nouveau-né

ils ont chanté dansé
et couru toujours couru
cernés par les aboiements
des geôliers et des chiens

ceux qui viendront
demanderont
COMMENT
ce rêve insensé
d’une Villa
dévoreuse de vie
derrnièe son enceinte
de prisons

Olivia Elias
extrait de Chaos, Traversée - éditions La Feuille de thé, 2019

1700 prisonniers palestiniens ont mené, en 2017, une grève de la faim pour obtenir le respect de leurs droits les plus fondamentaux. Au 40è jour, huit cents refusaient toujours de s’alimenter



Les relents de l’ennui
emplissent la pièce
et mon cœur est un livre en lambeaux
revêtu d’une épaisse couche de poussière
Un cendrier plus que familier
Des idées collées au mur
telles des mouches rompues
Une araignée désœuvrée
se penche sur des arbres
affectés de sommeil
Dehors
peu de voix
et le froid
régnant en maître


Je vis des moments difficiles
Ashraf Fayad
Couverture, hors textes, traduction et préface d’Abdellatif Laâbi
Maison de la Poésie Rhône-Alpes, collection Zeste, 2019
ISBN 978-2-36761-024-5
8,00 €

Ashraf Fayad est né en Palestine en 1980. Exilé en Arabie Saoudite, il a été condamné par le pouvoir saoudien à la peine de mort pour apostasie avant que sa peine ne soit commuée en 2016, notamment sous la pression internationale, en 8 années d’emprisonnement et 800 coups de fouet.

À la privation de liberté s’ajoutent les conditions de détention éprouvante qui justifient le titre, reflet d’une souffrance matérielle et morale qui font osciller le poète entre désillusion et révolte. La seule arme d’Ashraf Fayad, c’est le poème. La seule expression possible de sa volonté, ce sont les mots. Et ce qu’il nous dit nous fait entrer avec lui dans sa prison, autant matérielle que psychologique, contre les murs duquel seules la pensée et la poésie peuvent faire butoir. Il nourrit ses textes des souvenirs qui sont les siens, de ses regrets, de ses doutes, de ses réflexions luttant contre l’ennui et le désœuvrement qui plombent son existence.

Alain Boudet

 

Oiseaux
Article mis en ligne le 1er octobre 2019
par Alain BOUDET par


 

 

Une parole


Œil fixe et bec incisif
Jaune citron ou gris trottoir
Rouge au col silencieux
ils sont de retour
Depuis des lieux
Indéchiffrables
Ils nous balancent
leur chant sidérant
Et soudain propulsés
Véritables élastiques
Les voilà ailleurs
En appui entre près
Et loin
Nous laissant
Sur la touche

Claire Kalfon
Poème des intervalles
© éditions inicité, 2019

 


Le chat parti
la pluie d’automne s’acharne
sur l’oiseau mort


Crépuscule d’hiver -
le chant des choucas
dans les nuages roses


Héron debout dans l’herbe
ce qui s’appelle
longtemps

© Christophe Jubien

 


Pluie de printemps -
le canard endormi
tout contre sa cane


Pire qu’un clochard
un homme
qui regarde un oiseau !


Pondant ce haïku
tandis qu’au loin
une poule caquète

© Christophe Jubien

 

Portrait


Mon jardin a des pattes d’oiseau
Et des ailes de tourterelle


Il a un corps de mésange
Une tête d’écureuil
Un bec de pic épeiche


Il a une cervelle de moineau
Une lenteur d’araignée
Une respiration d’abeille


Il a les rêves de l’ancolie
La folie des capucines
Et le sens des réalités


De la rhubarbe

© Béatrice Libert

(inédit)

 

Un merle confie sa voix
Aux livres des lumières


Serait-ce en nous qu’il chante ?
Serait-ce en nous qu’il trace


La lisière du bonheur ?

Béatrice Libert
Ce qui vieillit sur la patience des fruits verts
© Le Taillis Pré

 


J’écoute le même oiseau siffler le même air

Sur le même arbre du même jardin.


Qu’est-ce qui, en moi, a changé ?

Béatrice Libert
Le bonheur inconsolé
© L’Arbre à paroles

Oiseau migrateur survolant le village
Le village aussi
Est de passage

Thierry Cazals
Le rire des lucioles
© éditions Opales

Les moineaux s’approchèrent si près
Si près
Que je devins l’un d’eux

Thierry Cazals
Le rire des lucioles
© éditions Opales

Lumière de l’hiver
Cri du corbeau
Un petit air de ressemblance

Thierry Cazals
Le rire des lucioles
© éditions Opales

Plume de geai
Si je te trouve en chemin
Je n’aurai pas perdu ma vie

Thierry Cazals
Le petit cul tout blanc du lièvre
© éditions Motus

 

Pieds nus dans le liseron vert
Le héron et moi
Disputons un match d’immobilité

Thierry Cazals
Le petit cul tout blanc du lièvre
© éditions Motus

 

Et cette nuit ?


Ce silence est-il truqué ?
Pas une seule grappe
de notes rossignoles
Se taisent même les chevêches
Et ce noir ?
Ce noir est-il truqué ?
Véga, Vénus, Aldebaran
sous l’étouffoir des nuages


La nuit a mal à ses oiseaux
La nuit a mal aux étoiles


Alors je lui donne des poèmes à manger
Elle vient happer les mots
qui s’écrivent sous les paupières


Je peux aimer longtemps ainsi
attendre
que le ciel s’averse

Colette Daviles-Estinès
Extrait de L’or saisons
© Editions Tipaza (2018)

 

 


Profond de la forêt
Clair
un chant d’oiseau
dit le monde

 © Alain Clastres

 


Dans le nid
un oisillon appelle
Tout l’univers
derrière lui !

© Alain Clastres

 

Les hirondelles


Les hirondelles s’en vont

Leur vol
vers la mer
l’air du large
dans leurs ailes


Les hirondelles s’en vont


Vers des rêves
arc-en-ciel
qui frissonnent
dans l’espace
les hirondelles s’en vont


Elles volent magnifiques
où flottent leurs ailes


Ivres de l’air
ivres d’espace

© Valérie Huet 2019 (Inédit)

 

Comme aile

Connais-tu l’oiseau feuille et l’oiseau racine
Et tout en eux qui voyage, mais au sol jamais lié
Et l’oiseau soleil, plume d’or sur un lointain ciel
Qui règne sur un peuple aux pattes enserrées
Parmi les éboulis, graines qui bougent, mouvement d’ailes déployées
Ombre et lumière d’une trajectoire jamais tracée
Et cri, et chant
Connais-tu ce que l’oiseau peut te dire de toi ?

© Christian Monthéard

 

Mésange vole
un ciel à tout le monde
en plumes le pouvoir du message
en châtaignier le nichoir
et l’une en l’autre
en fragile équilibre au dessus de nos espoirs
ces grammes indociles
ces envolées de peur au battage de nos étés
et la couleur têtue qui rit de notre adhérence acceptée
bat l’aile
vit, la donne, ravit

© Christian Monthéard

  Écouter un oiseau
Sans soif, sans espoir
Sais-tu pour qui il chante ?

Écouter un oiseau
Comme ça pour rien
J’avale les notes
Je les déguste
Elles fondent dans mon sang

Écouter un oiseau
Chante-t-il pour elle ?
La mélodie court
Au-dedans de moi
Étouffant peines et tracas.

Entendre cet oiseau
À la jolie voix
Tout près, tout près de moi
Son appel monte et descend
Et ravive ma joie

Savourer le chant d’un oiseau
Pour disperser ses chagrins
C’est si simple
Ce soir, je sais bien
Pour qui il chante.
Pour moi.

© Cécile Gagnon (inédit)

 

Hiver 
noirs capuchons et corbeaux 
dans le silence

© Anne-Lise Blanchard

***

La perdrix 
d’un trait

déchire
le couvert des blanches toisons 
que griffent les bras nus des vignes

sous le gris soleil d’avril

Anne-Lise Blanchard,
« Eclats », © Éclats d’encre, 2010

 

Du haut de sa jeunesse
il toise sa mère 
le jeune cygne

 © Anne-Lise Blanchard


Clin d’œil du
ciel derrière 
l’élan des fûts

le coucou 
mécaniquement 
avoue 
sa présence

Anne-Lise Blanchard, « Eclats », © Éclats d’encre, 2010


 

  Oiseau sur la branche
Comme une boule de soie
Qui se balance gracile,
Duveteuse, fragile
Objet d’émoi.

Et tu pépies,
Oiseau de joie,
Comme une flûte en bois,
Une flûte à bec
Dont la chanson se perd
Dans le jour bleu et froid.

© Alix Lerman Enriquez
 

Les pailles font l’empire
D’une pie qui amasse.
On maille des sourires
En dénouant les grimaces.

© Cédric Landri

 

 

Tourterelle une princesse
D’un poirier en floraison.
Éclosion d’une tendresse
Entre les révolutions.

© Cédric Landri

Quand l’oiseau se déplie,
Il pense au soleil dense.
Quand le poulet rôtit,
On salive d’avance.

© Cédric Landri