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La toile de l’un
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L’aube étincelle dans l’herbe des vigueurs
Souffle mûr mêlé du sang des hommes

Tu marchais réinventant le pas du sol comme une soif
Dans le vent neuf

Je te regarde tu courais
Geste habité du vœu de naître

Auprès des croix
Qui font parfois les pierres profondes
 

12 juillet 1994
 


Moment cendré de l’étendue
Chancelant

Et notre pauvreté nous vient d’un même exil
Dans le temps

Grandir a dissipé le seul voyage
Entre l’arbre et le seuil
Entre nos mains

Désormais c’est l’herbe qui nous dure
Sa cécité très douce à nos pas retranché

13 juillet 1994


Apreté nue des routes
Où le crime se promène
imprégné d’odeurs
De sang, de lait
Dont je sais la rumeur

Moi qui marche, soucieuse
Des peuples et des danses
Serais-je la ferveur
Insensée de leurs rythmes

Mais j’ignore si c’est l’aube ou l’or qui saigne
Sur le pré incertain des sables

13 juillet 1994

Béatrice Douvre
in Derniers poèmes, extrait de Journal de Belfort - éditions La Coopérative, 2019

En 1994, Béatrice Douvre décédait à l’âge de 27 ans, victime d’anorexie.
 



Depuis longtemps nos langues nous attirent
grâce aux pains
aux chants

Que nous partageons
autour d’une même table

et la main qui m’ouvre le chemin
dans ce pays où je me perds
m’est plus proche
que celle qui menace
dans mon pays où l’on se perd

dès que de l’autre côté de la route
qui relie nos villages
nos quartiers

dans notre ville
de notre pays

ils font de l’inconnu
un étranger.


Les mains de ma mère
Yvon Le Men
Dessins de Simone Massi
éditions Bruno Doucey, collection Poés’histoires, 2019
ISBN 978-2-36229-241-5
12,00 €

Voilà un livre de poésie pétri de chair et de sang. S’y avivent les souvenirs qui tissent l’être que le poète est devenu. Il s’y trouve une infinie tendresse pour la mère dont les mains résument l’amour et la vie.

C’est dans l’absolue proximité de l’enfance que le livre commence : le village avec la mère, le père, le voisin. Mais la poésie est force d’élargissement et d’ouverture, et dans un va-et-vient entre l’hier et l’aujourd’hui, nous découvrons des paysages et des personnages, des univers qui, pour être sans doute très particuliers au poète, nous sont tout autant familiers dans la magie du poème.

Les souvenirs d’Yvon le Men nous rapprochent d’une géographie sensible. Et ce sont autant d’occasions d’entendre une parole (entendre, tout est là, ces poèmes sont à entendre) qui place au cœur de l’aujourd’hui des réalités d’hier. La première guerre mondiale où des hommes tuèrent des hommes ou le rejet de l’autre.

Pour Yvon Le Men, ancré dans sa Bretagne natale, le monde est un village et chaque homme est un voisin au seuil de la porte…

Alain Boudet

 

Oiseaux
Article mis en ligne le 1er octobre 2019
par Alain BOUDET par


 

 

Une parole


Œil fixe et bec incisif
Jaune citron ou gris trottoir
Rouge au col silencieux
ils sont de retour
Depuis des lieux
Indéchiffrables
Ils nous balancent
leur chant sidérant
Et soudain propulsés
Véritables élastiques
Les voilà ailleurs
En appui entre près
Et loin
Nous laissant
Sur la touche

Claire Kalfon
Poème des intervalles
© éditions inicité, 2019

 


Le chat parti
la pluie d’automne s’acharne
sur l’oiseau mort


Crépuscule d’hiver -
le chant des choucas
dans les nuages roses


Héron debout dans l’herbe
ce qui s’appelle
longtemps

© Christophe Jubien

 


Pluie de printemps -
le canard endormi
tout contre sa cane


Pire qu’un clochard
un homme
qui regarde un oiseau !


Pondant ce haïku
tandis qu’au loin
une poule caquète

© Christophe Jubien

 

Portrait


Mon jardin a des pattes d’oiseau
Et des ailes de tourterelle


Il a un corps de mésange
Une tête d’écureuil
Un bec de pic épeiche


Il a une cervelle de moineau
Une lenteur d’araignée
Une respiration d’abeille


Il a les rêves de l’ancolie
La folie des capucines
Et le sens des réalités


De la rhubarbe

© Béatrice Libert

(inédit)

 

Un merle confie sa voix
Aux livres des lumières


Serait-ce en nous qu’il chante ?
Serait-ce en nous qu’il trace


La lisière du bonheur ?

Béatrice Libert
Ce qui vieillit sur la patience des fruits verts
© Le Taillis Pré

 


J’écoute le même oiseau siffler le même air

Sur le même arbre du même jardin.


Qu’est-ce qui, en moi, a changé ?

Béatrice Libert
Le bonheur inconsolé
© L’Arbre à paroles

Oiseau migrateur survolant le village
Le village aussi
Est de passage

Thierry Cazals
Le rire des lucioles
© éditions Opales

Les moineaux s’approchèrent si près
Si près
Que je devins l’un d’eux

Thierry Cazals
Le rire des lucioles
© éditions Opales

Lumière de l’hiver
Cri du corbeau
Un petit air de ressemblance

Thierry Cazals
Le rire des lucioles
© éditions Opales

Plume de geai
Si je te trouve en chemin
Je n’aurai pas perdu ma vie

Thierry Cazals
Le petit cul tout blanc du lièvre
© éditions Motus

 

Pieds nus dans le liseron vert
Le héron et moi
Disputons un match d’immobilité

Thierry Cazals
Le petit cul tout blanc du lièvre
© éditions Motus

 

Et cette nuit ?


Ce silence est-il truqué ?
Pas une seule grappe
de notes rossignoles
Se taisent même les chevêches
Et ce noir ?
Ce noir est-il truqué ?
Véga, Vénus, Aldebaran
sous l’étouffoir des nuages


La nuit a mal à ses oiseaux
La nuit a mal aux étoiles


Alors je lui donne des poèmes à manger
Elle vient happer les mots
qui s’écrivent sous les paupières


Je peux aimer longtemps ainsi
attendre
que le ciel s’averse

Colette Daviles-Estinès
Extrait de L’or saisons
© Editions Tipaza (2018)

 

 


Profond de la forêt
Clair
un chant d’oiseau
dit le monde

 © Alain Clastres

 


Dans le nid
un oisillon appelle
Tout l’univers
derrière lui !

© Alain Clastres

 

Les hirondelles


Les hirondelles s’en vont

Leur vol
vers la mer
l’air du large
dans leurs ailes


Les hirondelles s’en vont


Vers des rêves
arc-en-ciel
qui frissonnent
dans l’espace
les hirondelles s’en vont


Elles volent magnifiques
où flottent leurs ailes


Ivres de l’air
ivres d’espace

© Valérie Huet 2019 (Inédit)

 

Comme aile

Connais-tu l’oiseau feuille et l’oiseau racine
Et tout en eux qui voyage, mais au sol jamais lié
Et l’oiseau soleil, plume d’or sur un lointain ciel
Qui règne sur un peuple aux pattes enserrées
Parmi les éboulis, graines qui bougent, mouvement d’ailes déployées
Ombre et lumière d’une trajectoire jamais tracée
Et cri, et chant
Connais-tu ce que l’oiseau peut te dire de toi ?

© Christian Monthéard

 

Mésange vole
un ciel à tout le monde
en plumes le pouvoir du message
en châtaignier le nichoir
et l’une en l’autre
en fragile équilibre au dessus de nos espoirs
ces grammes indociles
ces envolées de peur au battage de nos étés
et la couleur têtue qui rit de notre adhérence acceptée
bat l’aile
vit, la donne, ravit

© Christian Monthéard

  Écouter un oiseau
Sans soif, sans espoir
Sais-tu pour qui il chante ?

Écouter un oiseau
Comme ça pour rien
J’avale les notes
Je les déguste
Elles fondent dans mon sang

Écouter un oiseau
Chante-t-il pour elle ?
La mélodie court
Au-dedans de moi
Étouffant peines et tracas.

Entendre cet oiseau
À la jolie voix
Tout près, tout près de moi
Son appel monte et descend
Et ravive ma joie

Savourer le chant d’un oiseau
Pour disperser ses chagrins
C’est si simple
Ce soir, je sais bien
Pour qui il chante.
Pour moi.

© Cécile Gagnon (inédit)

 

Hiver 
noirs capuchons et corbeaux 
dans le silence

© Anne-Lise Blanchard

***

La perdrix 
d’un trait

déchire
le couvert des blanches toisons 
que griffent les bras nus des vignes

sous le gris soleil d’avril

Anne-Lise Blanchard,
« Eclats », © Éclats d’encre, 2010

 

Du haut de sa jeunesse
il toise sa mère 
le jeune cygne

 © Anne-Lise Blanchard


Clin d’œil du
ciel derrière 
l’élan des fûts

le coucou 
mécaniquement 
avoue 
sa présence

Anne-Lise Blanchard, « Eclats », © Éclats d’encre, 2010


 

  Oiseau sur la branche
Comme une boule de soie
Qui se balance gracile,
Duveteuse, fragile
Objet d’émoi.

Et tu pépies,
Oiseau de joie,
Comme une flûte en bois,
Une flûte à bec
Dont la chanson se perd
Dans le jour bleu et froid.

© Alix Lerman Enriquez
 

Les pailles font l’empire
D’une pie qui amasse.
On maille des sourires
En dénouant les grimaces.

© Cédric Landri

 

 

Tourterelle une princesse
D’un poirier en floraison.
Éclosion d’une tendresse
Entre les révolutions.

© Cédric Landri

Quand l’oiseau se déplie,
Il pense au soleil dense.
Quand le poulet rôtit,
On salive d’avance.

© Cédric Landri