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La toile de l’un
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Haïkus d’un poilu…

Je n’irai pas au cimetière
Je cherche son souvenir,
Et non son cadavre.

C’est dans sa chambre,
Où flotte encore son âme,
Qu’est son vrai tombeau.

Le son de sa voix
N’est plus dans mon oreille ;
Vais-je oublier - déjà ?

Mes amis sont morts.
Je m’en fais d’autres. 
Pardon…

En pleine figure,
La balle mortelle.
On a dit : au cœur - à sa mère.

Dans la plaine noire
Un petit pêcher rose
Fait à lui seul tout un printemps.

 

1er avril 1918

 


René Maublanc
In En pleine figure - Haïkus de la guerre de 14-18, établie par Dominique Chipot, © Editions Bruno Doucey, 2013

 

Prochain poème, le 22 novembre.
Et ici, une bibliographie "Guerre et paix" dont les titres sont disponibles au Promenoir de poésie contemporaine à la Médiathèque Les Mots Passants, à La Suze (Sarthe).

 



 



Mon copain d’Épinal jouait lentement 
de l’harmonica quand il était triste.

Puis soudain, mon copain
d’Argentan riait, les yeux mouillés,
et criait que, dans un mois à peine,
la France et la paix triompheraient.

Chacun de ces sons est resté gravé
sous ma casquette.


La guerre en mille morceaux
Alain Serres
Illustrations de Zaü
Rue du Monde, 2018
ISBN 978-2-35504-539-4
18,00 €

Voilà un petit album qui tombe à point nommé. Alain Serres constitue patiemment depuis des années une collection d’objets de ce qui fut le quotidien des poilus et des contemporains de la première guerre mondiale, celle que l’on a qualifiée de "grande" et qui ne le fut que par l’ampleur des catastrophes qu’elle engendra.

Détournée de son usage premier, une caisse de munitions se fait gardienne de ces trésors que le poète nous fait découvrir à travers des photographies. C’est un poilu qu’il fait parler, et les objets trouvent pour nous leur histoire et leur usage. Objets du combat, de la vie quotidienne, des échanges épistolaires, ils ont remplacé dans les mains des jeunes hommes de ce temps l’outil du travail et de la vie heureuse. Celle d’avant l’illusion qui les fit partir la fleur au fusil, vivre la peur au ventre, et revenir éclopés ou honteux d’être toujours vivants.

Parfois d’une poésie étonnante dans leur existence même (comme cette "boîte à grillons" qui sauva bien des hommes des gaz asphyxiants), certains objets témoignent aussi des talents artistiques et artisanaux qui permirent aux soldats de détourner de leur usage de mort obus et balles pour devenir objets de vie et œuvres d’art.

Si ce livre n’est pas un livre de poésie, il témoigne, dans l’écriture et dans l’illustration de Zaü, de quelque chose du même ordre : une attention à la vie, une volonté de montrer, d’éveiller, d’alerter, empruntant pour cela les voies chères à Perec : celles du souvenir…

Alain Boudet

École

Voici une petite anthologie en ligne accompagnée d’une bibliographique d’ouvrages dont les textes sont inspirés par l’école. Des souvenirs d’enfance qui sont ceux des poètes, le plus souvent. Une puissante charge d’humanité. Les ouvrages mentionnés dans la bibliographie sont disponibles au Promenoir de poésie contemporaine de La Suze (Sarthe). Choix de textes : Alain Boudet.

Article mis en ligne le 1er octobre 2018
par Alain BOUDET par


 

Matin de rentrée
A l’hirondeau du garage
j’explique l’Afrique

© Isabel Asunsolo

Qui est qui ?
Joie de lire et d’écrire
attrapes et chausse-trapes
Tout cela est-il vrai ?

© Valérie Huet


Sens dessus dessous
Suivant une ligne médiane
entre les marronniers
Laisser la troupe d’élèves
nous emmener dans son rêve
Tout en haut tout en bas
à tous les étages
et même entre les deux.

© Valérie Huet

À l’école, on apprend les pluriels.
Pas drôle ? Si !

Pluriels


Un orage, déluge. Une côte, dérive.
Un comique, dérailleur. Une col, délasser.
Un marcheur, déambuler. Un quai, débarcadère.
Une excuse, désolé. Une beauté, désirable.
Une route, déchausser. Une loi, décret.
Un chagrin, désespoir. Une catastrophe, désastre.
Une discussion, débat. Une dette, débiteur.
Une pente, déclivité. Un diable, démon.
Une glace, décongeler. Un trouble, désarroi.
Une poubelle, déchet. Un fou, démence.
Un carton, déballer. Un curé, dévot.
Un pas, démarche. Une lessive, détergent.
Un crayon, dessiner. Un échec, déboire.
Une prise, déconnexion. Un fleuve, décrue.
Un tyran, démocratie. Une direction, déviation.
Un lacet, des lassos. Un gras, des gros.
Un sweat-shirt, débardeur. Un fouillis, débarras.
Un libertinage, dévergondage. Un policier, détective.
Un objectif, dessein. Un tyran, despote. 
Un coup, dérouiller. Un conflit, désaccord.
Un pneu, dégonfler. Une aisance, dextérité.
Une envie, désir. Un malin, débrouillard.
Un fidèle, dévoué. Un vieux, désuet.
Une vie, destin. Un parfum, désodorisant.
Une pagaille, désordre. Un nu, déshabiller.

© Daniel Lacotte

La communale

à Monsieur Grégoire


Je suis né dans l’une des écoles
que la République a bâties avec des briques
dans les années mille-huit-cent-quatre-vingts.
La mienne est de quatre-vingt-un :
c’est inscrit au fronton. Mon père,
qui n’a jamais cessé d’être laïc
et obligatoire, était une sorte
d’artisan de la pensée
dépositaire de la mémoire des choses
et des mots qui nomment aussi bien
le rouge-gorge que la cuscute-petit-pré,
la gradine du tailleur de pierre
que le rogne-pied du maréchal-ferrant.
L’instit qui m’a appris à écrire et à lire
avait laissé ses deux mains à la guerre.
Une longue craie au bout de ses doigts de fer,
il traçait d’impeccables lettres blanches
sur le tableau noir. Celui-là m’a transmis
plus que la maîtrise des sons et des signes :
l’énergie secrète qui fait tenir debout.

© André Velter (inédit)

Collégiens

Dans un pays de terrils, de crassiers et d’hommes rudes, 
nous rentrions de classe
avec les plus belles écolières de la Terre.
Leurs rires magnifiaient les couleurs du soir
et nous menaient par la main.
Avec la complicité du vent,
nous les vêtions de rêves.
A l’émoi du corps,
nous pressentions d’autres temps,
déjà nous savions que nous devrions aimer.

Une angoisse lumineuse nous submergeait.

© Gérard Cousin

Vigie

Des cris, des balles
qui rebondissent
dans le préau bondé ;
1, 2, 3… la pluie
joue sur les carreaux
sa chanson assourdissante,
tandis qu’1, 2, 3
demoiselles
battent là-bas des cils
autour de mon cœur ;

et la sonnerie hurle
tout à coup,
me surprend, me secoue
et m’alpague au fond de la cour

où j’étais

perdu

en moi-même.

Morgan Riet - Sous la cognée, ©Voix Tissées, 2017

Cantine

Brouhahas,

obsédants bruits stridents
des couteaux et fourchettes.

Quelle tambouille t’écœure ?
Vite ! être ailleurs, mais le temps court

trop lentement, ici, et la
cantinière aux exhortations trop vives,

n’arrange rien, majore
je ne sais quelle sauce grisâtre

en ta marmite
peu à peu en compote –

Brouhahas,

obsédants bruits stridents
des couteaux et fourchettes –

Tu manges, l’estomac noué
à ta chaise.

Morgan Riet - Sous la cognée, ©Voix Tissées, 2017

Le don des langues

Pour parler aux orties, les cailloux,
Qui savent plusieurs langues,
Parlent le latin des bois
Et des pipistrelles.

C’est le plus facile à apprendre.
Il ne demande que peu d’efforts,
Surtout si l’on connaît déjà,
Le fourmillais, le cigalon et l’hirondellois.

Béatrice Libert,
Dans les bras du monde
© Soc et Foc, 2014.

La règle à calculer

La règle à calculer
Ne calcule plus rien.

Elle a mal à la gorge.
Elle tousse, fiévreuse.
Elle prend des gouttes de silence
Trois fois par jour,
Comme le prescrit la neige.

Elle reste là, calfeutrée
Dans l’oubli d’un cartable
Abandonné près du radiateur.

Béatrice Libert,
Dans les bras du monde
© Soc et Foc, 2014.

L’école très buissonnière

Murs gris, tables alignées
Silence, discipline,
Leçons, devoirs, dictées
Mots, règles, chiffres.
J’ai tout avalé ça
Sans me plaindre ni rouspéter.

Puis, un beau matin
Que la neige tombait à gros flocons
J’ai fait classe ailleurs.
Emportée sur mes skis
Vers la beauté et la liberté.

L’odeur des glaçons et des sapins,
La splendeur des collines blanches
M’ont enrichi d’un précieux savoir
Que ni les mots ni les chiffres
Ne savaient me procurer.
Et les retenues, je les ai oubliées.

© Cécile Gagnon

Il y a dans la vieille école
depuis longtemps abandonnée
des bruits de pas et des paroles.

Sur le temps qui s’est refermé,
du maître et de ses paraboles,
gémissent les voix du passé

Ne marche pas sur cette feuille
tombée d’une petite main,
jadis, et qui porte le deuil

d’un écolier rieur, malin :
Cest toi, le vieux dans son fauteuil,
cet enfant qui ce soir revient.

© Claude Cailleau

l’examen


  elle a rappelé, il attendait ce coup de téléphone, il l’a bloqué toute la matinée
 une mère qui se bat seule, envers et contre tout
 d’abord contre sa fille, elle n’a rien fait durant l’année, méprisé les profs, tenu sa classe à l’écart, elle croyait réussir comme ça
 l’incroyable est qu’elle est près du but, il lui manque dix points
 la fille est vexée, elle abandonnerait bien, c’est la faute au monde entier
 sa mère sait mieux, tant pis pour le respect humain, le sien d’abord
 elle l’aborde, le harcèle, d’autres ayant montré porte close
 trop tard pour se demander à qui la faute mais il ne peut pas tout faire et puis c’est dans deux jours alors qu’on s’est bêtement drapée toute une année dans l’inconscience et le refus
 le refus de quoi au juste ?
 par-delà le passage du gué, qu’y a-t-il de si profondément enfoui entre les quatre murs, le sol et le toit de sa maison, les sept os de sa boîte crânienne
 entre les nôtres aussi ?
 elle l’aborde, le harcèle
 il conseille, entre dans le jeu
 finalement la mère a gagné et la fille repêché ses dix points

  Paul Badin, Aspects riants
 (Éditions de l’Atlantique, 2009)

Le professeur


Sur le tableau noir,
tout au bout des calculs blancs,
il traçait les courbes résultant des fonctions :
anses de panier, trèfles à quatre feuilles, spirales, ellipses…     

Lorsqu’on arrivait à suivre ses démonstrations,
s’étalait devant nos yeux leur beauté pure, éclatante.  

Équations et théorèmes bifurquaient souvent
vers des sentiers de musique,
tels que partition pour orchestre symphonique,
vibration d’une corde de violon,

Sidney Bechet ou Miles Davis.

Parfois, le soir, il jouait aux échecs avec les internes.
– Sur e2-e4, suivra une défense Philidor, russe, sicilienne…

Voir le polycopié « La conduite de la partie ».

Des années plus tard,
le cancer l’a emmené quelque part,
tout là-bas ou tout là-haut.

Médecine n’est pas mathématique ;
les courbes de sa maladie se tordaient en tous sens,
ne suivant même pas la théorie du chaos.

Il n’a pas su résoudre.

Il trace sans doute désormais sa géométrie descriptive
du coté de l’infini d’une asymptote diagonale,
sous le soleil bleu de la symphonie de l’autre bord des mondes ;
dans la beauté des nombres.

© Lucien Guignabel


L’enfant aux jambes nues qui marche vers l’école,
c’est dans mon souvenir blouse grise et galoches,
et des fleurs dans la main.

Le petit chemin creux accompagne son pas.
Les sept lettres dun mot rugissent dans sa tête :
ÉTREBIL ! ÉTREBIL !

Le mot joue à se perdre.
L’enfant le crie aux arbres,
à loiseau qui s’envole
et au vent qui l’emporte :
ÉTREBIL ! ÉTREBIL !

Connais-tu ce mot que, se rendant à lécole,
l’enfant criait jadis, blouse grise et galoches,
et des fleurs dans la main ?
Commence par la fin : tu l’entendras crier
LIBERTÉ ! LIBERTÉ !

© Claude Cailleau
 


J’allais à cloche-coeur

Vers ma prison d’école

J’étais comme un pantin

Et tout un tintamarre

Cognait à l’intérieur.

Enfant déjà perdue,

Rejetée, égarée,

René Guy était mort

Moi je n’étais pas née.

Où sont les pauvres corps

Qui nous ont enfantés ?

Donnez, donnez-moi de quoi lire,

De quoi ouvrir mes bras,

René, mon père en poésie.

Je n’ai que la lueur,

La lumière des pommes

Je ne sais pas apprendre

Et les autres se moquent

De mon jardin rêvé.

J’allais à cloche-coeur
Vers ma prison d’école,

Je sautais à la corde

Et de la terre au ciel,

J’imaginais un monde

De vergers et de fleurs,

Louisfert en féérie.


© Christine Guénanten
Sel ciel des mots aux marais salants - éd. Des Sources et des Livres

 

Bibliographie succinte :


L’école des poètes - anthologie préparée par Joël Sadeler (Hachette, collection fleur d’encre)
Jours d’école - anthologie de haïkus (AFH édition)

 

Article mis en ligne le 15 novembre 2018
dernière modification le 22 octobre 2018

Alors que partout en France, on se prépare à commémorer l’armistice de 1918 et la fin de cette guerre que l’on qualifia de "Grande", sans doute à cause du nombre de ses victimes, chaque jeudi de ce mois de novembre 2018, à 8 heures, vous pourrez lire ici un poème qui évoque la guerre, ses drames, et, enfin, la paix…

Article mis en ligne le 10 novembre 2018
dernière modification le 12 novembre 2018
Article mis en ligne le 9 novembre 2018
dernière modification le 14 novembre 2018
Article mis en ligne le 8 novembre 2018
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Article mis en ligne le 1er novembre 2018
dernière modification le 25 octobre 2018
Article mis en ligne le 1er novembre 2018
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Article mis en ligne le 1er novembre 2018
dernière modification le 2 novembre 2018
Article mis en ligne le 15 octobre 2018
dernière modification le 5 juillet 2018
Article mis en ligne le 9 octobre 2018
dernière modification le 10 octobre 2018
Article mis en ligne le 1er octobre 2018
dernière modification le 11 septembre 2018
Article mis en ligne le 1er octobre 2018
dernière modification le 24 septembre 2018

La Suze, village en poésie…

Les éditions Chatoyantes - L’œil pour l’œil publient deux ouvrages en noir et blanc de photographies consacrées à la Suze dans une collection consacrées aux villes et villages à travers des reflets.
Intitulés La Suze reflets - livret 1 et La Suze reflets - livret 2, ces livres sont en pré-vente au prix de 20 € l’un. 
Ils accompagnent une exposition de photographies en couleurs qui sera présentée, en mars, dans le cadre du Printemps des Poètes 2019 à la médiathèque Les Mots Passants de La Suze-sur-Sarthe.

Découvrez, sur youtube, un montage de photographies de reflets de La Suze.

Marcher, c’est la première des aventures.
C’est « être dans » et « aller vers »…
Qui marche dans la ville ou le village voit son regard sollicité par ce qu’ils offrent d’abord.
Des lieux qui se livrent en direct : maisons, monuments, mobilier urbain, mais aussi arbres et fleurs, personnages de rencontre, évènements, mouvements de circulation.
Et la vie qui bruit…
Mais il est une autre aventure possible du regard.
Plus exaltante. Plus étonnante. Plus exigeante aussi. Celle du reflet…
Pour qui veut, les vitrines, les fenêtres, les pare-brise, les flaques, les rivières et autres miroirs sont autant d’occasion de redécouvrir un environnement qui peut nous sembler familier. On entre dans une manière de secret. On découvre des angles nouveaux qui changent, littéralement, notre point de vue.

C’est un autre monde, alors, qui s’offre à nous dans la magie surprenante d’un regard neuf…

 Alain Boudet

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