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Pour que la poésie vous accompagne…
Un poème à lire et à entendre.

Temps d’arrêt


Quelquefois un papillon se pose
Sur un doigt en silence

Comme si c’était une fleur

Il n’y a plus besoin de parler alors

Ni d’écouter

Il n’y a plus besoin de respirer

Juste de sentir sur ses joues la légère brise qui effleure
Qui tient cet instant

En éveil

Et regarder patiemment les millions d’années
Qui se logent dans ces ailes
Si frêles

Si on a su disparaître suffisamment

Les ocelles vibreront
Comme des mains qui applaudissent
Pour dire

Merci

Puis
Comme des mains qui remuent
Pour dire

Adieu

Avant de s’en aller tranquillement
Remercier
Une autre fleur


Gorguine Valougeorgis
La révolte, la fronde, le ras le bol
Comme en poésie N° 83 (septembre 2020) - Pour s’abonner

Écoutons Alain nous lire ce poème…
 

Temps d’arrêt


 

 


 



Toute la beauté du monde
Je ne peux pas te la dire
Mais rien ne m’empêche
d’un peu l’approcher avec toi.

Il y a de si grands murs
qui cachent les jardins,
des dépotoirs au bord des plages,
des ghettos dans les îles,
tant de blessures aux paysages.



Par bonheur, un peu de splendeur
demeure alentour
et le dire, même tout bas,
par amour,
c’est croire encore qu’un jour,
nous irons la trouver,
toute la beauté du monde.


 

Le livre des beautés minuscules
Carl Norac
Illustrations de Julie Bernard
Éditions Rue du Monde, 2019
ISBN 978-2-35504-552-3
18,00 €

En relation avec le thème du Printemps des Poètes 2019, Carl Norac nous propose ici 36 poèmes « pour murmurer la beauté du monde ». Un chapelet de beautés minuscules peut-être, mais pas insignifiantes. Une collecte de ce qui nous embellit et embellit ce qui nous entoure. Une invitation à l’émerveillement, au recentrage sur ce qui compte de vrai, de simple et de beau. Ce que le poète offre ici puise sans doute dans un univers personnel, mais l’écriture nous mène vers une forme d’universel.

Alain Boudet

Lire un poème…

Lire un poème, c’est aller à la rencontre d’un autre que, la plupart du temps, on ne connaît pas. Ce n’est pas si facile, finalement : il faut oser, faire connaissance, se mettre à l’écoute d’une parole pour qu’elle nous rejoigne. Voir ensuite comment on peut restituer aux autres les bienfaits de cette rencontre…

Article mis en ligne le 1er septembre 2020
par Alain BOUDET par

Lire pour découvrir

Une première lecture silencieuse permettra de découvrir le texte, d’appréhender peut-être son cheminement, son rythme et ses silences, sa rigueur et les écarts qu’il permet dans l’interprétation. Il se peut que l’on rencontre le texte, qu’il nous parle, qu’il nous montre, qu’il nous émeuve… ou pas.

Le poème est d’abord de l’ordre de l’oralité. Il est donc possible - j’allais dire souhaitable - de le placer dans une lecture à haute voix. C’est une étape qui permet de "l’entendre". Certains lecteurs préféreront le lire à voix intérieure. Mais ce qui importe, c’est ce sentiment non pas de lire, mais d’entendre le texte. C’est d’en avoir une image incarnée. Il arrive que, si l’on connaît le poète qui a écrit le texte, on ait le sentiment de l’entendre nous le dire, nous l’offrir. Et il est possible, avec un peu d’expérience et d’imagination, d’entendre intérieurement - disons silencieusement si l’on préfère - le poème dit par une voix de femme, d’homme, ou d’enfant, garçon ou fille. Et même une voix grave, ou chantante, ou munie d’un accent…

Lire pour offrir

On lit d’abord pour soi, bien sûr. Mais les poèmes sont aussi des objets, des lieux même de partage. Car on peut partager un poème que l’on aime, c’est-à-dire qui nous parle, qui rejoint ce que nous sommes, en le lisant aux autres.

Il y a diverses démarches sans doute pour lire à haute voix un poème ; Personnellement, je trouve que le meilleur service à rendre au poème et à l’auditeur ou aux auditeurs au(x)quel(s) on le destine, c’est de l’offrir sur le ton de la conversation.

La tentation est grande de mettre le poème "en scène", de lui adjoindre une gestuelle, des déplacements, des mimiques. Pas sûr que tout cela serve le texte. Cela peut arriver, parfois, mais le vrai premier théâtre du poème, c’est la voix. La vraie scène qui l’accueille, c’est d’être en présence, dans une proximité comme celle de la conversation. Ou de la confidence, du murmure, de la profération intense, de l’affirmation véhémente, du cri indigné, selon que ce que le poème nous dit. C’est à cela, justement, qu’il faut parvenir : cette lecture à haute voix qui devient un dire plutôt qu’un lire, même si le texte est présent sous les yeux du lecteur. Avec le souci, dans la voix, de ne pas forcer le texte à aller où il ne nous emmène pas. Il faut que l’auditeur ait le sentiment vrai qu’on lui parle le texte, pas qu’on le lui joue.

Offrir, c’est aussi à l’école

À l’école, au collège, au lycée, la poésie est souvent objet d’étude, territoire d’explication, recherche de ce que le poète a voulu dire. Ce faisant, on reste à la marge du poème, dans sa périphérie, les attendus, le commentaire, la glose même. Pas dans la vérité d’une parole qui s’adresse à nous, ici et maintenant.

Alors, à l’école, il faut oser ceci : lire régulièrement des poèmes pour le plaisir gratuit de l’échange. Comme un cadeau. Un cadeau, on l’aime ou on ne l’aime pas, sans savoir bien expliquer pourquoi. Il faut s’autoriser cette approche d’offrir. Il sera toujours accueilli, dans ce rituel de deux minutes. Et si tous les poèmes ne rejoignent pas tous les auditeurs, il s’en trouvera formément, dans le nombre, qui rejoindront chacune et chacun.

Alors… osez.

Vous pourrez découvrir sur la Toile de l’Un de nombreux poèmes dits. Parfois par les poètes eux-mêmes, parfois par des lecteurs, adultes, jeunes ou enfants. Les écouter et entendre, c’est encore la meilleure manière de prolonger ce que voudrait formuler cet article.

Vous pouvez prolonger la lecture de cet article par celui-ci :
Lire un livre de poésie