Mourir enfin d’amour
Article mis en ligne le 15 septembre 2021
dernière modification le 13 juillet 2021

par Robert Froger

J’ai cherché tes traces souvent
dans l’anse où les cormorans se rassemblent

mais la mer a bousculé les algues les galets
les anémones de mer et les rochers
même tes soupirs tes questions tes jupons

l’eau a tout oublié tes projets tes pieds nus
ce que tes yeux ont vu
ce que tes mains ont touché

l’eau a emporté tous tes corps
de jeune femme en sourires
de mère fatiguée
de femme abandonnée
de femme vieille au corps froissé

elle a tout effacé douceur patience
et même ton souvenir

suintent encore des larmes dans le sable

Mourir enfin d’amour
suivi de Amour dormant
Luce Guilbaud
Peintures de Luce Guilbaud
Al Manar, 2021
ISBN 978-2-36426-280-5
18,00 €

Délicatesse et détermination sont des mots qui peuvent qualifier l’écriture et l’œuvre plastique de Luce Guilbaud, avec, peut-être un souhait profond d’"arpenter les rêves et marcher vers l’au-delà de soi". Par l’évocation de la vie de sa grand-mère, elle affronte la fuite du temps et la disparition des êtres chers pour "mourir enfin d’amour". 
Il est souvent question d’attente dans les livres de Luce Guilbaud : attente de l’autre, de la vie pleine et entière, face à l’effacement de l’autre. C’est aussi l’occasion, pour l’auteure, d’évoquer encore les marais, l’estuaire, la mer, leur faune (cormorans, goëlands, seiches, huîtres...), leur flore (ajoncs, osiers, serpolet, algues...) et de lier le tout aux forces de la vie, de l’amour.
Dans "Amour dormant", qui fait suite à "Mourir enfin d’amour", Luce Guilbaud a ces mots lourds de sens dans leur réalisme et leur âpreté : "Le temps me déshérite". 
Pourtant sa mémoire est bien là, présente pour elle et pour les autres, et cet ouvrage en est une preuve éblouissante.

Robert Froger