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Silence

Le silence est toujours plein de mots qui ne font pas de bruit…
(Alain Boudet)

Article mis en ligne le 30 septembre 2014

par Alain BOUDET
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26 poètes , 26 moments pour le silence…

 

Silencieusement

   Un animal avec ses souvenirs 
 dans le profond du corps 
 (petit geste de patte 
 vers la gâterie convoitée 
 qui vient de millénaires : 
 flair et faim), 
 
 
 ou les vaches 
 si savantes en méditations anciennes 
 qui s’accommodent à la brume , à la nuit, 
 
 ou les objets pleins d’héritage 
 statue de fleuve, girouette, 
 
 tout ce qui expose 
 silencieusement 
 une existence à notre convoitise 
 nous ne devrions jamais en démordre 
 
 nous laisser occuper bouche et tripes 
 par ces années cumulées en secret 
 
 d’une saveur 

 presque imperceptible 
 
 succulente.

Marie-Claude Bancquart

 
Comme une lune rousse
en repos sur l’étang,
la face blême du poème
frémit, tremble et grelotte
en attente des mots
qui apaisent la peur.
C’est le moment où l’ombre
déchiffre à voix basse
la calligraphie brouillonne
des écorces griffées.
Chimères et mystères
volent autour.

Paul Bergèse

in "instants de forêt" 
Ed. Du Fournel

  De jour en jour
moins assuré
le lien des mots se défait

Je refuse
les parentés qui rassurent

La saveur du savoir
prend corps
dans le silence.

Marie-José Christien

(inédit)

 

Il n’y a pas de silence trop étroit ou trop grand...il y a le silence, celui qui prend toute la place des heures des jours des mois qu’on ne voit plus le silence à tout rompre d’une vie à côté d’une autre le silence qu’on décide parce qu’on ne peut plus le silence qu’on te donne par la seule présence d’un corps le silence qui s’essuie les pieds sur les coeurs qui s’effritent.
On l’acclimate le silence on vit fait avec le temps on finit par ne plus l’entendre il prend la forme des murs de la maison de ta bouche de la fenêtre de la télé on n’a même plus envie de l’étrangler.

Franck Cottet

extrait de "Silences", in "Miroir voilé miroir", éd Clarisse, 2010

 
Le silence est l’écaille la plus glissante des poissons.

Thierry Cazals

in Le rire des lucioles (Opales)

***

Dans le métro bondé
les gestes rafraîchissants
des sourds-muets

Thierry Cazals

"La volière vide" (L’iroli)

  il observe en silence
les montagnes de livres
qu’il a lus qu’il a aimés
il en prend un au hasard
un qui s’ouvre seul
sur un poème entouré au crayon
marqué de trois étoiles
un poème inoubliable
et déjà oublié.

Georges Cathalo

(inédit)

  Les instants s’arrêtent entre nos pas,
entre les corps de la nuit.
Il est temps de laisser venir la fraîche aux lèvres
et le pesant du ciel sur les paupières.
Çà et là quelques nids de silences s’étonnent :
tu portes au front la lampe des signes qui mènent aux clairières.
Septembre nous surprends à l’à plomb des étoiles.
Parle !
Ne laisse pas nos folies sans écho.
Demain loge dans la fouée de ta voix.

Gérard Cousin

(inédit)

 
Silence d’automne

Dans mon champ
Rien ne bouge
Même les oiseaux
Volent en silence.

Je goûte cet instant
Où tout bruit est absent.
Puis, j’entends,
Séduite par le vent,
Une feuille qui tombe
En soupirant.

Cécile Gagnon

(inédit)

  Grâce des mots 
Dans le silence vert et jaune
Des bouches
Comme des rivières
Au loin

Rouge du sang
Quand tend l’absurdité
A contre cœur

Grâce menaçante
Qui verse
Son deuil
L’appel froid
Des matins de papier
Larges
De pensées vaines

Erwann Gourmelen

(inédit)

  Silences

J’ose plonger dans les pétales
J’ose allonger mes pas vers l’île.

Où aller ainsi en silence ?

Un horizon de miel avance.

L’aile et l’île se sont baignées
Depuis longtemps au coeur vitrail.

Je m’approche des papillons,
Du renouvellement des roses.

Un bouquet blanc en fleurs de cygne
M’appelle au grand apaisement.

Le fleuve des rêves s’allonge,

J’ose plonger dans les silences.

Un horizon de miel avance.

Christine Guenanten

 

Petit garçon silencieux


Pour Jasmin

Tombé de la grande Ourse
sur ses pieds de funambule
il voit les mots
les attrape au bond
en fait des bulles de lumière
des perles de lune givrées
petit garçon rieur et silencieux
capitaine des horloges
et des rythmes du vent
dans ses mains le bâton de pluie
son silence est la voix
des profondeurs du monde.

Luce Guilbaud

 

Trois pommes hiver un compotier

 couleurs
 au ralenti
 semblables

 à la croissance aussi mais invisible
 des grands arbres

 silence au centre sur la table la chimère d’un mot
  silence s’est déposée très simple – silence
 afin qu’à l’intérieur du monde peut-être tout

 revienne à sa forme

 parfaite

Georges Guillain

  J’observe dans l’ombre
La nudité naissante de l’aube
Des assemblages rougeoyants je vois s’ouvrir
Les lucarnes creuses où chacun se transforme

La couleur des visages au réveil
Se pare des draps du silence
Pour garder un espoir

Celui de poursuivre contre toute aurore
Dans les décombres des nuages
L’empilement incertain des jours

Benjamin Hopin

 
je suis debout sur la cime du mercantour
 encore une fois
 je ne me lasse pas de vivre
 de marcher
 des silences
 de ces paysages
 sur ce pierrier
 le silence est total
 minéral
 parfois bancal
 seul signal sonore pour une vie en marche
 le choc d’une pierre qui bouge sous le pied
 un corps en déséquilibre
 mouvant
 en marche pour une joie
 équilibre

Patrick Joquel

  (inédit)

 

silence
au vacarme du monde
aux bruits aux cris
aux hurlements
aux battements
de nos vies
silence
aux rêves
et aux démons
aux tentations

TOUT
recouvrir
d’un linceul
BLANC
tout assourdir
jusqu’au SILENCE

Dan Bouchery

(inédit)

 

L’oiseau envolé
ne dirait-on pas
que la pompe à essence
devant le café
dans le soir qui descend
a fait voeu
d’éternel silence ?

Christophe Jubien

 

Le silence est d’une implacable sincérité
Il assassine l’intention du geste, du regard.
Il est la blessure du chemin.
Le silence ne sait pas apprivoiser,
Les mots ne nous aident pas à vivre.
Apprendre tout ce qu’il y a de rencontre
Par-delà leur absence.            

Ghislaine Lejard

Extrait de Parler la solitude- éditions Henri Pinson

  Des signes dorment
 entre nos mains de papier 

 Des signes faits pour le silence
 et l’interrogation 

 Et lorsqu’ils se mettent à trembler
 c’est un peu du monde qui remue 

 Si peu.

Marilyse Leroux

  (Le temps d’ici – inédit)

  Un mot très nu s’avance vers le soir,
Un frêle esquif où l’enfance a raison.
Ne brusquez pas son pas,
Faites corps à sa voix.
Si son silence grésille, c’est signe d’utopie.

Béatrice Libert

(inédit)

 
Le cri

 Un grand clown blanc hurle à la
mort. Quelqu’un lui a écrasé les pieds
qu’il a trop longs et trop rouges.

 Dans la nuit noire résonne le cri du
grand clown. Son chapeau en porte-voix,
il tente d’ameuter les étoiles. Un chien errant
vient à son secours et lui lèche les plaies.

 Les abonnés au silence retrouvent
la paix. Ils n’ont pas eu le temps de
porter plainte.


Françoise Lison-Leroy

extrait de L’Affûteuse, © éd. Rougerie, 2001

 

Tant de mots
attendent seulement
le désir
du rêveur
les rayons d’un regard
leur délivrance
pour quels livres à naître
dans les plis le prisme
secret
du rêve

secret
du silence

Martine Morillon-Carreau

(première version parue dans la revue 7 à dire)

  Qu’il y ait à peine
 un peu de bruit

 comme quand on laisse
 ses souliers en rentrant

 le soir sans savoir si
 quelqu’un
 est là
 derrière la porte

 Qu’il y ait à peine
 des tâches bleues

 dont on tiquèterait
 le mur
 indéfiniment sans que
 se déchire le papier

  Jacqueline Persini-Panorias

(inédit)

 
Fraternellement

 Gravés sur une pierre,
 un nom sans prénom,
 une date sans fin,
 fermée
 sur elle-même.

 Je ratisse
 le vide,
 je tente
 de rassembler
 des silences,
 d’exhumer
 des sanglots
 du ventre
 de la terre.

 Voilà le peu
 que je puise
 et puisse
 étreindre,
 ma seule façon
 d’entretenir ton image
 à jamais absente
 de ma mémoire.

 Tu aurais dû
 t’appeler
 Dimitri.

  Morgan Riet

  Simple

 À la fin
 de la guerre
 de cent ans
 un soldat
 en avance
 sur son temps
 demanda
 simplement
 une minute
 de silence

Jean-Claude Touzeil

  In "Silence" (Silence production)

   

Le silence parfois est un chant
d’où surgit peu à peu le poème

se taire

la planète n’est que tumulte
brouhaha
ras de marée de paroles lâchées
tourne tourne le tourbillon fou
nous assourdissent
sans voix sans corps
lancées par la machine informatique
reprises embrouillées brassées
sans plus de sens
laissent dans leur tapage
un cortège de solitudes
on n’entend plus battre les cœurs
se taire

Je m’éloigne dans des nuits
habitées de silences et de phares
Un silence
le temps d’une noire
deux notes de musique

Colette Andriot

(inédit)

  défaits les champs au terme de l’âpreté du jour
éloge des dernières âmes

tandis que blesse la comédie du monde
déjection des certitudes

c’est un point dans la fixité de l’instant
le regard y imprime son oscillation
des rouleaux sur le chemin
un pur délice infiniment viscéral

la subtilité de ce qui vient lacère
des traces si fines qu’elles pénètrent

tous les gémissements forment un lac
inaugural, en un fragment salé
dans la lumière pire, celui, ne plus le voir

des murs coule du lait de chaux
mais le sang comme fleurs qui trompent
silencieuses, définitives, traversières

dans cette position, démentir
à l’envers d’un miroir noir :
on ne servira plus l’image
une chèvre sur une pierre tombale
le vent dans les mots suspendus
les arbres détachés et l’olivier et la croix

le corps parle à la déraison

soustraire le visage hors du commun
ne pas mettre le feu aux étoupes

pousser les bras ouverts
dans un espace vierge au-dessus du cimetière

à quoi on tient encore

avec la chaleur en soi et
le mot voyage dans la terre du corps
approcher celui endormi

nous ne nous appartenons pas

entre la bouche et le silence un désir vient

l’image disparue ne pas douter

le langage habite celui qui n’a pas de nom

la main sous la peau ouvrira une vallée
une rivière puissante, la porte et un arbre
le silence en soi un galet

dans le tremblement de la frontière
l’exil insoumis dont l’œil écoute
ce qui se joue dans le jardin

derrière le rideau de l’ordre
la bouche entre ses mains

la dilatation des mots presse le silence

ils surgissent là, dans le chant échappé

tout ce que la déviance rate
tout ce que la camisole berne
engloutis dans l’inaudible

se fonder dans le déliement
jusqu’à l’irréductible séparation

Valérie Schlée

Extrait de "Le silence en soi un galet"
© éditions Potentille

 

 



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