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James Thomas Stevens
Article mis en ligne le 31 août 2014
dernière modification le 26 septembre 2014

par Alain BOUDET
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James Thomas Stevens est membre de la tribu Mohawk Akwesasne. Il est né en 1966 à Niagara Falls, état de New-York Il a fait une brève apparition à l’école des arts visuels de New-York Il a finit son cursus universitaire à l’institut des arts Indiens avec un diplôme et une récompense en « creative writing ».( création littéraire) A la fin des années 1993 est édité son premier livre intitulé Tokinish . En 1996 est paru un second ouvrage Combing the Snakes from His Hair
( enlever les serpents de ses cheveux avec un peigne) qui évoque comment la musique fut utilisée comme un outil de conquête pendant les années de colonisation. James est publié dans de nombreux journaux et magazines. Actuellement il enseigne à l’université de Fredonia, état de New-York.

Pourquoi j’écris ? Est-ce pour être un « guerrier » ?

Ma réponse à cette question devrait être un non indéfini. Je m’inspire du héros de la tradition Iroquoise, Hyanwatha, je pense que mon travail est un travail d’unification. Je suis un sang mêlé, j’ai grandi en sachant que l’héritage de mon père, Américain d’origine Galloise, avait autant d’importance que l’héritage Mohawk de ma mère. Quand j’ai commencé à écrire, mon travail suivait deux pistes parallèles : des pensées non Indiennes placées à côté de pensées Indiennes, je montrais les différences sans hiérarchiser. Il faut savoir noter les différences mais surtout en dégager les similarités, ce que nous humains, partageons tous, Peut-être cette idée d’interconnexion m’est venue de mon passage à l’institut bouddhiste Naropa à Boulder, au Colorado. J’assistais à un stage d’été où Gerald Red Elk de l’institut des arts Indiens d’Amérique enseignait. Ce temps passé à l’école Jack Kerouac de la poétique désincarnée à Naropa, m’a donné la chance de travailler avec des poètes comme Anne Waldman, Gary Snyder, Anselm Hollo et Alain Ginsberg. En y réfléchissant aujourd’hui, je peux dire que cela m’a formé.
La partie Mohawk de ma famille a toujours été ouverte aux autres cultures. Mon arrière grand-tante Edith Monture, fut la première infirmière Indienne à venir en Europe pendant la première guerre mondiale et soignait les blessés à Vittel. La plupart de ma famille a du déménager dans les zones urbaines dans les années trente pour trouver du travail, et les compagnons de travail de mon grand-père étaient Irlandais, Polonais, Afro-Américain. Du côté de ma grand-mère , son arrière grand-mère se maria avec un Papineau de notre réserve Mohawk Canadienne près de Montreal. Les diverses cultures ont toujours représenté quelque chose à partager, et non à fuir. Même quand ces différentes cultures pensent différemment, même quand on n’est pas d’accord, nous sommes tous des hommes et c’est l’humanité qui nous unit
Je crois également que toute l’histoire nous est reliée, pas seulement nos propres histoires de nos traditions culturelles, mais aussi toutes les histoires. Tout est métaphore – c’est le moyen de trouver, de comprendre la métaphore qui est difficile. J’essaie d’écrire de longs poèmes qui fonctionnent avec d’autres textes comme des métaphores. J’essaie de prendre des vieux livres qui semblent avoir un rapport avec mes préoccupations et je médite sur ces vieux textes, jusqu’à ce que la métaphore me vienne. Une nouvelle plaquette éditée par Plan B Press intitulée The Mutual Life ( vie mutuelle) est un recueil écrit après des recherches dans un petit livre traitant d’accidents, de cas d’urgences et de maladies, imprimé en 1900 par la compagnie d’assurance Mutual Life . Chaque fois que j’avais en main ce livre, j’étais fasciné sans savoir pourquoi. Deux ans après, j’ai eu le déclic, ce livre parlait des accidents et des maladies dont les Indiens avaient soufferts depuis le début de la colonisation. J’ai opté pour le même format, et j’ai glissé des morceaux de ce texte dans mon poème. Cela fut édité pour la conférence de Cambridge, en Angleterre, à propos de la poésie contemporaine. Cette Mutual Life et d’autres poèmes écrits avant ou après, m’ont attiré la réputation de poète plutôt radical. J’aime l’idée d’être socialement actif plutôt que celle d’être un « guerrier ». Je pense que la poésie a une responsabilité vis à vis de la société et nous avons besoin d’écrire ce qu’est qu’être un Indien au début du vingt et unième siècle au lieu de donner au lecteur le convenu terre-mère/père-ciel ; une telle poésie nous confine dans un contexte confortable mais non historique, ne nous permet pas de parler de la réalité du monde dans lequel nous vivons aujourd’hui. Je ne peux ignorer ce qui s’est passé en Irak, je ne peux pas ignorer non plus ce qui s’est passé au dix-septième siècle en pays Iroquois quand les missionnaires sont arrivés. L’histoire est un océan dans lequel nous nageons, ce n’est pas une série d’événements qui se déroulent et passent comme une rivière.

Voici deux textes extraits de A Species of Martyrdom : The Huronia Series (Un éventail de martyrs : la série Huronne. Il s’agit de l’évocation de la mort de huit Jésuites Français en territoire Mohawk.) James aime l’idée d’un descendant Mohawk du 21ème siècle, lui en l’occurrence, étudiant les Jésuites comme ceux-ci avaient essayé d’étudier les populations Indiennes au 17ème… juste retour des choses, ironie de l’histoire !

René Goupil (d. September 23, 1642) 
Andagaron, New York

You made the sign
and how human it suddenly felt
when the last nail slipped 
from your finger,
the last finger gnawed
from its knuckle.


He took your broken
face in hand

applying words
to wounds

He hath no form nor comeliness…

When they hatcheted 
your fine head aflame
with god,
he weighted you under waters.



And when they dragged you
to mulch
in the moldering leaves,

he sought your skull
and lifting it to his lips, noted the tiny rattle of ecstasy.
 

René Goupil mort le 23 septembre 1642 
Andagaron, New York

Tu fis le signe humain combien quand le dernier ongle tomba de ton doigt le dernier doigt rongé ressentit soudain
son articulation

Il prit ton visage
brisé dans ses mains
appliquant des paroles
sur les blessures

Il n’a ni condition ni bon accueil…

Quand ils frappèrent à la hachette ta tête fine brûlant pour Dieu
il t’enfonça sous les eaux

Et quand ils te traînèrent
sur la paille dans les feuilles moisies,
il chercha ton crâne et le levant à ses lèvres enregistra le faible râle de l’extase.

      

   

Anthony Daniel (d. July 4, 1648) 
Ihonatiria Mission, Ontario

Whatever you imagined
in the air,

invisible and without body

no worse than what was.



Entering like a span of sparrows,

the dove
aligned with the virgin’s loins.



And the news is clear.



That this body would be flung
 
into the fires of its mission,

to love the unlovable
and bring them home.

Anthony Daniel mort le 4 juillet 1648 
Mission Ihonatiria, Ontario

Quoique tu aies imaginé
dans l’air,
invisible et sans corps
rien de pire à que ce qui fut.

Entrant comme de la taille des moineaux
la colombe s’aligna sur les reins de la vierge.

Et la nouvelle est claire.

Ce corps serait envolé
dans les flammes de sa mission,
d’aimer les non aimables
et de les ramener à la maison.

 



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