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Theombogü

Theombogü est camerounais. Il est né à Douala en 1984. Les éditions de la Crypte ont publié un de ses livres : "Demain ne viendra jamais".
Les deux poèmes qui suivent sont extraits d’un recueil inédit : "Une vie à demi mot".

Article mis en ligne le 30 septembre 2015

par Alain BOUDET
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Avoir besoin de mots
Quelle que soit leur taille
Pour parler
À ceux qui sont écrasés
Pour dire
À celles qui marchent dans la nuit
Pour raconter
Une vie à demi-mot.

Avoir besoin d’amour
Aussi petit soit-il
Pour être heureux
Et jouir de la joie
D’être encore en vie
Pour être humain
Et partager cette humanité
Avec les mal-aimés.

Avoir besoin de vie
Aujourd’hui et maintenant
Pas cette vie de promesses
D’attente et d’espoir
Mais cette vie dépouillée de masques
Cette vie réelle… humaine…
Désenchantée… désespérée…
Qui se donne et se vit
À chaque instant présent.

Avoir besoin de sérénité
Pour vaincre et gouverner
La peur de demain
Pour être vrai et être libre
Même dans les cachots les plus inhumains
Et les plus tartufes des mondes
Pour respecter et aimer
Même ceux qui ne savent plus aimer.

 

Avoir besoin de tout cela
Mais sans rien avoir
Sans pouvoir y parvenir
Manquer des mots
Pour dire ce que l’on pense
Pour exprimer ce que l’on vit
Pour choisir ce que l’on aime
Vivre comme si on n’avait pas ce droit :
Être là quand même.

 

Écrasement

Je n’ai pas bougé d’un pouce
Quand les rebelles sont entrés
Dans la ville
Quand ils ont détruit
Les monuments historiques
Brisé les mausolées
Pillé les boutiques et les magasins
Dévalisé les banques
Vandalisé les lieux publics
Semé la terreur
Exilé les intellectuels
Attristé la population.

Je n’ai pas bougé d’un pas
Quand les insurgés ont envahi les quartiers
Quand ils ont neutralisé les résistants
Terrorisé les tout-petits
Dévasté les ministères
Saccagé les bibliothèques
Fermé les écoles
Incendié les églises
Brûlé les mosquées
Atterré les masses.

Je n’ai pas bougé la tête
Quand les mutins ont pris possession
Du pays
Quand ils ont renversé le Président
Lynché les ministres
Égorgé les loyaux de la République
Violé mortellement les femmes de tout âge
Massacré les braves hommes
Rasé des villages
Décimé des familles entières
Endeuillé le peuple.

 

Je n’ai pas pu pleurer ni prier
Quand les milices ont vaincu l’armée régulière
Quand ils ont pris les commandes
De la République…
Écrasé par cette inhumanité sans nom
Je n’arrivais toujours pas à comprendre
Comment les gens d’une même terre
Pouvaient s’entretuer pour le pouvoir
Une chose si éphémère et si banale !
Terrassé par la peur
J’attendais l’heure fatale.




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