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La toile de l’un
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Deborah Miranda
Article mis en ligne le 14 avril 2014

par Alain BOUDET
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" Je suis une métis. Mon père est d’ascendance Esselen et Chumash (Santa Barbara, Monterey, Santa Ynez, Californie). Ma mère a des ascendances Française et juive .Mon expérience des tribus apparaît avec l’histoire des missions et l’histoire des Indiens de la côte ouest du sud de la Californie, se poursuit avec le ressort et la résistance de ces peuples et leur résurgence viviviante, réjouissante. Je suis née à L’hôpital de UCLA, j’ai grandi jusqu’à l’âge de cinq ans à Los Angeles, puis ma mère a déménagé pour l’état de Washington. Mon père nous y a rejoint huit ans plus tard. Tous les trois avons alors essayé de renouer et d’appliquer les modes de vie tribaux jamais oubliés, jamais perdus. Ma mère a fait des recherches généalogiques, mon père avait de très nombreux et très riches souvenirs de son enfance car la précédente génération avait fait l’expérience physique d’une cohésion tribale intacte. Mon goût prononcé de raconter, d’écrire, a fait le reste car nous avons ainsi pu réunir, recomposer des familles perdues de vue depuis longtemps, et des membres de la tribu Esselen vont ainsi pouvoir obtenir un statut reconnu. Je suis fière d’avoir contribué à cet effort."

" Je ressens que ma vie reflète l’histoire de mes tribus et ce de plusieurs façons. Elle a débuté en beauté, relativisée par les bouleversements familiaux, puis s’est lentement reconstruite par le biais des réseaux de relations qui rendent le monde habitable et permette sa célébration. J’ai deux enfants : Miranda et Danny. Je suis reconnaissante à Margo Solod, poète, cuisinière etc, de partager ma vie. J’ai obtenu mon doctorat en Anglais en 2001, à l’âge de quarante ans, et je suis en ce moment professeur assistant à l’université de Tacoma(Washington) où j’enseigne l’Anglais, l’écriture de création, les littératures Indiennes.

Je n’ai pas beaucoup écrit de poésie, mais depuis mon plus jeune âge je me sens auteur. Je n’avais jamais entendu parlé, lu ou vu d’auteur Indien avant les années 70, je n’en étais pas informée et cela a pesé sur ma décision. Mais au lieu de me lancer rapidement, je me suis d’abord mariée, ai donné naissance à deux enfants. Ces naissances ont ouvert quelque chose en moi, élever des enfants ce fut comme faire face à des voix, à des mémoires que je portais dans mon propre sang, et cela eut un impact définitif en 1991. Finalement j’ai commencé à écrire de la poésie, encouragée par un groupe de poètes et de performeurs.

Les peuples de la terre, et la terre elle-même sont proches de moi quand j’écris. En tant que métis, qui aime ses deux héritages familiaux, je ne veux pas m’engager dans une voie ni du mépris des races, ni de la haine de soi. Pour s’aimer les Indiens ont besoin d’aimer leur indianité, et pour aimer la terre, en tant qu’êtres humains, nous devons aussi aimer la vie, les forces du désir qui nous maintiennent en vie, nous sommes tous des indigènes par rapport à un territoire, ceci est le savoir que je veux promouvoir, et dont j’ai eu à payer le prix fort pour qu’il soit entendu. Nous sommes tous des indigènes au regard d’un territoire, tous.

Ecrire est une façon d’exprimer ce savoir, un moyen de communiquer cela, Ma voix en écriture est la meilleure manière pour moi de rendre hommage, d’honorer, la monde, la planète, qui est vraiment notre mère. "

A ceremony for crying

1 Invocation

Cry for hunger that feeds on betrayal,
a serpent devouring itself.

Cry for fear whose belly brings forth
misshapen anger.

Cry for grief lost chances, missing
like holy birds from the sky.

Cry for long knives of séparation
and abandonment, unsheathed.

Cry for burdens clinging like
parasites, without pity.

Cry for love like wind,
existing without body.

Cry for empty hands moving to
empty mouyhs, again.

Cry for escape without homeland,
exiles with no names.

Cry for hatred worshipped,
made into human flesh.

Cry for ceremonies with no
the only song left

Une cérémonie des pleurs

1 Invocation

Pleurez pour la faim qui alimente la trahison,
telle un serpent se dévorant lui-même.

Pleurez pour la peur dont le ventre accouche
d’une colère difforme.

Pleurez pour les occasions perdues, elles font défaut
autant que les saints oiseaux venus du ciel.

Pleurez pour les longs couteaux dégainés
que sont séparation et abandon.

Pleurez pour les impitoyables fardeaux
se cramponnant comme des parasites.

Pleurez pour l’amour qui
à l’égal du vent, vit sans corps.

Pleurez pour les mains vides se dirigeant
vers des bouches vides, encore une fois.

Pleurez pour la fuite apatride,
les exils sans noms.

Pleurez pour la haine qu’on vénéra,
faite de chair humaine.

Pleurez pour les cérémonies dont
la seule chanson qui reste soit aucune.

   

2 Naming

Cries like music that cannot be heard
in a roomful of ears.

Cries like poison hidden
in the breastmilk of strong women.

Cries like criminals, their open hands
deviant and unacceptable.

Cries like bats rising from caves
in a deeper age.

Cries like trapped pheasants
bursting cover.

Cries like late snow
that melts with no trace.

Cries like sounds never voiced,
a tongue cut out.

Cries like pain strectching
the length of a body.

Cries like mission doors
slamming shut.

Cries like the fierce heart
of the earth breaking open.

2 . Nommer

Des pleurs comme une musique inaudible
dans une salle pleine d’oreilles.

Des pleurs comme du poison dissimulé
dans les poitrines de fortes nourrices.

Des pleurs comme ceux des criminels, leurs déviantes mains ouvertes inacceptables.

Des pleurs comme des chauves souris
surgissant de grottes du fond des âges.

Des pleurs comme des faisans traqués
qui font éclater leurs abris.

Des pleurs comme une neige tardive
qui fond sans laisser de trace.

Des pleurs comme des sons jamais proférés :
une langue coupée.

Des pleurs comme la douleur s’étirant
pour épouser les dimensions du corps.

Des pleurs comme les portes d’une mission
fermées en claquant.

Des pleurs comme le cœur ardent de la terre
qui s’ouvre en se brisant.

3 Blessing

Cry for birthing, how power enters
and leaves at once.

Cry for astonishment, given to us
like stars above a dark road.

Cry for silence, the silhouette
of deer in morning meadows.

Cry for trust, a yellow flower
opening in black lava beds.

Cry for remembrance, like bones
undisturbed in the sweetest earth.

Cry for understanding, a sound
like water pure from the source.

Cry for reunion, the way miracles come
even to survivors.

Cry for desire, the path to the center
of an ancient mountain

Cry for wholeness, a dream within
a dream you are given to praise.

Cry for strenght, how it spirals
like smoke carring prayers.

Cry fot faith, a sacred plant
ripening with thick rich leaves.

3 Bénédiction

Pleurez pour la naissance, pour la façon dont le pouvoir entre
et sort simultanément.

Pleurez pour l’étonnement qui nous est donné
telles des étoiles au dessus d’une route sombre.

Pleurez pour le silence, la silhouette
d’un cerf dans les prairies au petit matin.

Pleurez pour la confiance, telle une fleur jaune
s’épanouissant dans des lits de lave noire.

Pleurez pour la mémoire pareille à des os dans la terre la plus douce
qu’on aurait pas dérangés.

Pleurez pour la compréhension, identique au son
d’eau pure émis par la source.

Pleurez pour les retrouvailles, la façon dont les miracles même
se produisent auprès des survivants.

Pleurez pour le désir, le passage vers le centre
d’une montagne ancienne.

Pleurez pour la plénitude , un rêve à l’intérieur d’un rêve
dont on vous fait don pour le louanger.

Pleurez pour la force, comment elle monte en spirale
telle la fumée qui véhicule des prières.

Pleurez pour la foi, telle une plante sacrée
elle arrive à maturité avec un épais et riche feuillage.

Traductions et commentaires de Béatrice Machet



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