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.Enfances
Article mis en ligne le 15 décembre 2016
dernière modification le 15 janvier 2017

par Alain BOUDET
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Pablo


Sa lampe au front
comme une étoile
un enfant descend dans la mine

Et c’est la nuit qui entre en lui

Il creuse le ventre dans la terre
il avance dans les boyaux
à la recherche de joyaux
qui ne le rendront pas joyeux

Il porte l’ombre sur ses épaules

Il creuse il tombe
il creuse il va
le regard sombre

Ceux qui l’attendent
à la surface
attendent de revoir un visage
où deux yeux clignent
où deux yeux dansent
d’être encore là.

 
 

Adiza et Hauwa


Elle s’appelle Adiza
elle s’appelle Hauwa
elle s’appelle autrement que toi
elle s’appelle autrement que moi

Elle allait à l’école
ravie de l’air sur ses cheveux
forte des sourires échangés
dans la magie des mots des livres

Elle s’appelle Adiza
ou peut-être Hauwa
qui donc le sait ?

Elle a huit ans

Elle les avait

Des mains adultes
et sans courage
lui ont offert une ceinture

Hauwa peut-être ?

La vie l’écrase

C’était une enfant
kamikaze.

Nathanaël et Fertuna


Mon petit frère du bout du monde
ma petite sœur de « pas d’ici »

J’ai vos visages au fond des yeux
j’ai votre rire au creux des mains


Et nous brillons sur cette terre
comme un soleil
qui fait la ronde
avec la nuit

Mon petit frère du bout du monde
ma petite sœur de « pas d’ici »

Si nous vivons comme un cadeau
chaque seconde
la joie délivrera nos cris.

 
 

Badou


À l’heure où Louison
fait des châteaux de sable
Badou fait des briques

Peter patouille
Joseph saute et joue
dans les flaques
et Badou fait des briques

Des enfants dans les jeux
des enfants dans la joie de pétrir
     de creuser
bouilles réjouies dans la bouillasse
et les pâtés des plages

Mais Badou les mains rouges
à genoux dans l’argile du jour
Badou dans les ravins de son visage
Badou même terre
Badou même rêves
Badou fait des briques
en Afrique.

Achara et Sunti


À Bangkok
à Phuket
il y a dans les rues
des sourires qui s’effacent

Des enfants effarés
qui divaguent fourbus
dans la ville et ses rues
où marcher c’est aller nulle part en enfer

Toi
fille sans matin
ou garçon sans regard
tu ne veux pas d’entraves

L’attachement que tu veux
c’est celui de ton cœur

Et le droit de chanter ton enfance.

 
 

Iram


Elle a déposé ses quatre ans
aux pieds du métier à tisser

Les yeux
au fil
d’un horizon sans rêves

Les doigts pourtant
plongés dans l’arc-en-ciel

Iram aux mains fines

Iram aux yeux noirs

Sa journée prise dans la trame
prisonnière du cadre
où le tapis s’éveille

Iram aux yeux graves
ligotée par les gestes
qui nouent les fils
qui nouent le cœur
qui noient sa vie
sous la poussière de la laine

Iram pour qui une voix s’est levée
celle d’Iqbal
l’enfant esclave
qui rêvait de tapis volants
comme elle

Iram pour qui cependant
rien n’a changé.

Ghalib


Poser sur le ruisseau
un fin bateau d’écorce
et dans le caniveau
un bateau de papier

C’est pour d’autres

Monter sur un bateau
chargé d’espoir et de promesses

Affronter l’inconnu
sans terre à l’horizon
avec d’autres
nombreux
pour partager la peur

C’est pour toi

Tu ne sais pas nager…

 
 

Samia


Samia veut aller à l’école

Mais c’est trop loin
mais c’est trop cher
mais c’est une fille

Et ça et là
les filles ne vont pas à l’école

Et ça et là les gens
les gens
se rabougrissent
la vie s’en va à reculons
et rapetisse

Écrire compter
et puis sourire
pour que le cercle s’agrandisse
de ceux qui petit à petit
lèvent la tête et réussissent

C’est cela que voudrait Samia
et puis Karia, Imaan, Siri
et puis Maryam, Nimra, Zareen

Voilà pourquoi
de ci de là
les choses bougent
les cœurs frémissent

Les filles vont aller à l’école

Et c’est justice.

Abdel



Tu cherches des trésors

dans les rebuts du monde

et le chant des oiseaux



Tu creuses et tu sépares

tu tries et tu choisis

le verre et le plastique



Tu en fais quatre sous de richesse



Les camions font la ronde

invitant les poubelles

au grand bal des tracteurs

qui dressent des montagnes

où tournent les oiseaux



Tu creuses et tu sépares

tu tries et tu choisis

le papier le métal



Tu disputes un croûton aux oiseaux



Et tu gardes ton rêve

à hauteur de nuage



Tu voudrais voyager

comme font les oiseaux.

 
 

Assâad


Refuge



Je revois ton visage

en entendant ce mot



Je te revois enfant

fuir et refuir sans cesse
le pays de la peur

qu’est devenu

le pays de tes pères



Il te faut 
te lever repartir

avancer tant que le jour te le permet

et tu avances

malgré la paix devenue peine

malgré le pain devenu manque



Il te faut

faire et refaire halte

dans les maisons du vent

le dos collé contre la nuit
les mains ancrées 
à l’affection des pierres



Il te faut

braver le froid des nuits

et l’écueil des grillages

où l’horizon devient

mille morceaux de ciel



Tu vas

tu ne sais où

mais tu vas car tu sais que rester

c’était s’étendre pour toujours



C’était s’éteindre.

Tom

Si Tom est à genoux
ce n’est pas pour mendier

Si Tom baisse les yeux
ce n’est pas par désamour du ciel

Tom cire les chaussures
Tom fait briller les cuirs
Tom fait chanter les peaux

Et si les souliers brillent
lorsque les pieds s’en vont
c’est que Tom y a déposé
le jour entier et sa lumière
contre le soleil minuscule
d’une pièce

Juste pour redresser son dos

Juste pour relever la tête
et voir le ciel.

 

 



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