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La toile de l’un
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Maurice Kenny
Article mis en ligne le 14 avril 2014

par Alain BOUDET
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" En tant que descendant métis, en tant que poète-écrivain Mohawk-Irlandais , ma maîtrise de la langue Iroquoise est au mieux : pauvre, mais mon désir est grand et sincère. Ma culture Indienne est doublée d’un regard Irlandais : il fait de l’œil à tout ce qui se présente. J’ai eu une vie riche d’expériences aussi bien en tant que poète qu’en tant que citadin, campagnard, montagnard.

D’abord je dois dire que je vis actuellement dans les montagnes Adirondacks. Cela pourrait être compris, pourrait représenter un cadeau suffisant de la part du créateur. Je suis né, ai été élevé près des rives du St-Laurent, dans le nord de l’état de New York. Le créateur m’a offert encore plus, une petite maîtrise des mots et quelque chose comme un esprit poétique, et je n’en ai pas honte, l’amour pour la beauté de la nature toute entière … Mère Terre, Ciel, Etoiles, Grand-mère la Lune, notre Frère le Soleil, les Oiseaux, Le Peuples des Quadrupèdes, et oui, même les insectes (il en reste peu) , et n’oublions jamais les éléments : Eau, Feu, Air, et Terre. Le langage a permis aux humains de nommer ces cadeaux importants, de pousser des sons de beauté et des sons de détresse ou de défiance.

Ma première utilisation d’un langage basique fut d’appeler ma mère en pleurant pour qu’elle me nourrisse, qu’elle prenne soin de moi, qu’elle me donne de l’amour et puis qu’elle m’élève avec l’aide de mon père et de frères et sœurs plus âgés. Puis, quand j’ai commencé à ramper, à me lever et à marcher, puis courir dans les champs ou dans les remous des eaux chaudes d’une crique, mon langage s’est étendu pour exprimer mes préoccupations profondes quant aux pour ou aux contre de la vie. Cueillerai-je l’iris au bord de la rivière… sans savoir que dans les montagnes ce serait contrevenir à la loi… ou bien l’admirerai-je de plus loin , apprendrai à le connaître pour plus tard l’emmener à la maison sous forme de poème. Les chansons et les histoires de mon père mi Mohawk mi Irlandais , devinrent le fondement de ma vie et de mon entreprise créative ; la prédilection de ma mère pour les champs et la culture devint pour moi un but ; l’utilisation macabre ou bizarre de l’humour par mes sœurs eut pour effet d’intensifier ma sensibilité aussi bien dans le domaine du sensible que du sensuel . Mes amis à l’école, les garçons sur le terrain de baseball ou traquant les truites d’avril dans le courant froid m’aidèrent considérablement à traduire la douleur et la déception par des expressions orales de types jurons . J’ai toujours pensé que un juron prononcé était un poème en progrès… issu de la douleur physique ou de la beauté ou des deux. La vérité fait mal, et la beauté est douloureuse et elles sont les seules et véritables modalités du poème , bien sûr accompagnées d’un objet et d’une image qui doivent se développer en une métaphore.

je ne suis aucune piste mais suis induit au cœur du sujet ainsi que l’aurait écrit Graham Greene. Rien ne maintient la culture plus fort et plus profond que le langage. C’est ce qui donne sens. Aussitôt qu’on peut nommer, on peut communiquer. Quand je peux dire quelle dent fait mal et quelle autre non, le dentiste peut plus facilement extraire la mauvaise dent et vous pouvez avoir fait cette expérience pour aider le dentiste à localiser la douleur. Plus tard vous pourrez utiliser des mots pour le remercier de sa gentillesse et de son dévouement. Et cetera .

Bien plus souvent qu’on ne croit, et sans en prendre conscience, un poème a à faire avec ce qui est désigné sous le terme de vocable. Vous pouvez vous demandez ce qu’est un vocable. La réponse sera naturellement un son, ce qu’on prononce, un cri, peut-être un cri lyrique , pas exclusivement un cri de douleur, mais peut-être aussi un cri de surprise ou un cri qui célèbre. Le dictionnaire Webster définit le mot vocable ainsi : " un mot composé de plusieurs sons ou lettres sans lien avec sa/ses significations ". Dès lors, grâce à ce qui est prononcé un être humain peut danser un chant de prière pour la pluie, pour une initiation, pour une prévision de naissance ou de mort. Le rituel est souvent exprimé à travers les sons, les vocables. C’est une forme légitime de communication… particulièrement s’il s’agit d’un rite. Le vocable dépend plus de la tension du son, la nuance, l’émotion, ou la passion désirés, exprimés et communiqués. Si le danseur/chanteur souhaite célébrer la mort ou plus spécialement le chagrin lors d’un rituel il choisira une voyelle profonde comme " O ". Il répétera ensuite ce son encore et encore jusqu’à ce que son chagrin soit apaisé. Son être submergé. Il chantera plus fort et dansera plus lentement… un son à la fois, un pied après l’autre, un son, dans une lente évolution.

Il y a quelques années, un ami croyait qu’il était gravement atteint du cancer. C’est un Indien, un poète, un romancier de très grande qualité, une voix, un talent créatif que je vois personnellement comme une voix majeure de la poésie contemporaine. . Mon esprit fut frappé sincèrement de stupeur. L’idée que ce merveilleux jeune poète puisse décéder de cette affreuse, banale, incurable maladie, agressait mes capacités de compassion. Je savais qu’il était de loin meilleur , bien meilleur et plus important écrivain que moi, qu’il aurait du avoir de longues années pour créer ses magnifiques chants/poèmes d’une beauté intense et d’une grande profondeur de pensée. Je voulais prendre sa place comme j’aurais abandonné ma vie contre celle d’un loup sauvage, pour qu’il puisse vivre parce l’humain est trop représenté et les loups pas assez. Il en va ainsi des poètes et des romanciers aussi. "

HORSES

The red horses romp
the windy green
disapearing
an echoed scream
into the fires
of the agonized sun
but the bronzed horses
return purely white
the hoofs pounding
the turf of twilight
into the blue horses of night
they charge the range
and come riderless black
riderless the horses come

 

CHEVAUX

les chevaux rouges s’ébattent
le vert de l’herbe battue par le vent
s’évanouit
lui faisant écho un cri retentit
dans les flammes
du soleil à l’agonie
mais les chevaux brunis
rentrent parfaitement blancs
tous sabots pilonnant
la course du crépuscule
se mêle aux bleus chevaux nocturnes
lancés à l’assaut de la prairie
alors arrivent sans cavaliers
sans cavaliers les chevaux noirs arrivent

   

FOR CHEROKEE MARY


Who May Have Forgotten
earth srong in the blood
fleas cannot suck from veins
blood rich in the sun
mountains explode on the hest
of western plains, birds scale
clouds over broken graves
torn by wolves and puppies
blood feeds berries, the white bones
of Crazy Horse were never found
the lance flowers the earth
blood thickens as braides hair
the spider spins in the sun

POUR MARY LA CHEROKEE

Qui A Peut-être Oublié
la terre ferme dans le sang
les mouches ne peuvent l’aspirer dans les veines
dans le soleil riche est le sang
des montagnes explosent sur la poitrine
des plaines de l’ouest, les oiseaux escaladent
les nuages au dessus de tombes profanées
déchiquetés par les loups et les louveteaux
leur sang nourrit les baies, les os blancs
de Crazy Horse n’ont jamais été découverts
la lance fleurit la terre
le sang s’épaissit tel des tresses de cheveux
l’araignée tisse au soleil

 

 

WHEN IN REALITY

I wrote in my journal
I had eaten only an orange
and some cheese this morning
and drunk a pot of coffee dry,
When in truth, at dawn, I had eaten
lizards, coyotes, silver and cactus
and a lone laborer in the desert.
I drank sky, sun and clouds ;
my eyes consumed plains, mountains,
countries, continents ;
worlds rumbled in my belly.
Tonight I slice and fork the western moon,
crunch on stars je croque sur les étoiles
and drink the whine of wolves.

QUAND EN REALITE

J’ai écrit dans mon journal
que ce matin j’avais seulement mangé
une orange et du fromage,
puis bu un bol de café lyophilisé
Alors qu’à vrai dire, à l’aube, j’ai mangé
des lézards, coyotes, argent et cactus
plus un travailleur isolé dans le désert.
Je buvais le ciel, le soleil et les nuages ;
mes yeux consommaient plaines, montagnes,
pays, continents ;
les mots grondaient dans mon ventre.
Cette nuit j’émince et courbe la lune à l’ouest
et bois la liquoreuse plainte du loup.

extraits de CARVING HAWK - Traductions de Béatrice Machet



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