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Kimberley Blaeser
Article mis en ligne le 14 avril 2014

par Alain BOUDET
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Kimberly Blaeser, est un membre de la tribu Chippewa (Anishinaabe) et elle a grandi sur la réserve de White Earth dans le nord du Minnesota. Elle a également des ancêtres de souche Allemande. Elle est professeure associée à l’université de Milwaukee (Wisconsin) où elle enseigne la littérature Américaine du 20ième siècle, en mettant l’accent sur les auteurs Indiens d’Amérique du nord et l’écriture de la nature. Elle écrit aussi bien de la poésie que des essais et des récits. Elle a reçu en 1994 le prix Diane Decorah qui récompense un premier livre de poésie. Elle est spécialiste de l’œuvre Gerald Vizenor, un autre auteur d’origine Anishinaabe, très prolifique et dont les romans sont très remarqués pour leur humour subtil et dévastateur. Kim Blaeser vit sur une parcelle de terre de bois et de marais située dans la zone rurale de Lyons, dans le Wisconsin. Elle aime les longues expéditions en pleine nature qui lui permettent de se reconnecter à la terre.

Tu connais cet Indien solitaire
Assis sur ses franges de cuir
Sur son cheval au sommet de la colline
Le visage peint, tenant une lance
Là juste sur la ligne d’horizon ?
Ce gars-là a obtenu un doctorat
Il est L’INDIEN autorisé à l’université Mankato Tate ou à Caroll College
Les professeurs Indiens dans les universités de tout le pays
Exhibent des A, pas B, pas C, juste le A rendu romanesque
Pas vraiment de menace avec ça

Le vrai problème c’est
L’Amérique
qui ne sait toujours pas quoi faire des Indiens
As-tu cherché tes bouquins dernièrement chez Powell
ou sur la cinquante-septième rue chez Saint-Livres ?
Cherche d’abord à la catégorie folklore ou anthropologie
J’ai trouvé en littérature noire le Wolfsong de Louis

Nom d’un chien ce n’est pas étonnant que nous vivions tous une crise d’identité
Toi un poète ?
Non, j’écris juste des trucs Indiens.

 

   

Initiés à la justice

Le poids des cendres
venues d’un campement incendié.
Les tentes couvent sous le feu,
les cachettes des animaux blanchies,
leurs images mythiques racornies
se replient sur elles-mêmes
incinérées
le tout en fragments
de souffle d’os et de panier
lourdement reposés
coulés profondément
tels des grenouilles hibernant.
Aucune tempête de poussière
capable de soulever
cette histoire
de perte.

Aujourd’hui fertilisée par des générations—
cendres sur cendres,
cette vieille terre entre en éruption.
Des chants de guérison s’élèvent comme brumes
les souvenirs du bison blanc
les empreintes de dents sur des écorces de bouleau
des formes oubliées
le tout tremble menacé dans son intégrité.
Et les grises souches battues par les intempéries,
arbres et traités sont abattus
piétinés pour l’amour de la richesse.
Les plateaux du Potlatch
ses forêts de fantômes
ratissées par les ours
adoucissent la pourriture vers l’intérieur
jusqu’à ce que les minuscules flèches vertes
des pousses
se dressent s’érigent
enracinées
depuis chaque centre émietté.

Certains ne riront jamais
aussi facilement.
Les couteaux se cacheront-ils
vif-argent dans leurs bottes,
noms accumulés
comme s’ils avaient pu être volés
aussi aisément que les terres,
tapisseront-ils leurs murs
de cartes et de promesses trahies,
autant de cicatrices dans leur chair
cet insigne fiché
lourd comme les cendres.

 

Et c’est un poème
pour ceux
initiés
depuis la naissance.
Dans la matrice
de votre mère nation
les battements du cœur
sonnent comme des tambours
les tambours comme le tonnerre
le tonnerre comme douze mille personnes en marche
puis dix mille personnes
puis huit mille
s’en allant
quittant les maisons qu’on leur a volé
les campements qu’on leur a brûlé
leurs proches sont tombés
pendant qu’ils marchaient
puis qu’ils rampaient
puis qu’ils s’effondraient.
C’est le son du pic-vert
lors d’une ancienne retraite.
Cela devient un écho,
un récit
à réconcilier.
C’est le son
des arbres tombant dans les bois
quand on les écoute,
le son des nations indiennes déchues
quand on s’en souvient.
C’est le son
que nous entendons
quand les poings rencontrent la chair
quand les balles éclatent contre les poitrines
quand les souvenirs sonnent creux dans les estomacs.
Et nous faisons tourner ce son
encore et encore
jusqu’à ce qu’il devienne
sol fertile
sur lequel nous bâtirons
de nouvelles nations
sur les cendres de nos ancêtres.
Jusqu’à ce qu’il devienne
le grelot d’une révolution nouvelle
ces doigts
tapant sur le clavier.

Traduction de Béatrice Machet



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