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Poésie et chanson

La chanson se met parfois au service de la poésie en la donnant à entendre. Mais le poème devenu chanson reste souvent à la marge des systèmes médiatiques…

Article mis en ligne le 1er avril 2017

par Alain BOUDET
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Une caisse de résonnance

Chacun sait qu’aux origines la poésie était chantée, ce ne doit pas être simple hasard...
Le père Hugo peut bien avoir des coquetteries pour « interdire que l’on dépose de la musique au pied de ses vers », cela ne change rien à l’affaire. Brassens a heureusement bravé l’interdit avec « Gastibelza » et « La légende de la nonne ». Sans la musique qui va avec, qui s’intéresserait à ces poèmes aujourd’hui ? Qui même en aurait connaissance ?...
C’est que la chanson offre à la poésie une formidable caisse de résonance en la rendant accessible au plus grand nombre. Même si on a pu s’invectiver, comme Béart ou Gainsbourg en leur temps à propos de la chanson considérée ou non comme « un genre mineur », « ...quand ça se pose au creux d’une oreille, ça reste là, allez savoir pourquoi... » comme le chantaient les Compagnons.
C’est un genre populaire, souvent considéré avec mépris ou condescendance par les « officiels » de la Culture. Trénet en sait quelque chose, lui qui n’a jamais pu entrer à l’Académie Française...
Alors applaudissons les jurés du prix Nobel qui ont osé distinguer Bob Dylan !... Et réjouissons-nous à chaque fois que la poésie peut être partagée. Louons Gérard Pitiot et ses Quelques mots d’Eluard ou ses Chants pirogue. Tirons notre chapeau à Gérard Pierron qui a ressuscité Gaston Couté (et bien d’autres poètes oubliés). Vibrons avec Jacques Bertin et Les chants des hommes de Nazim Hikmet ou Maintenant que la jeunesse de Louis Aragon. Saluons Ridan et son Heureux qui comme Ulysse de Joachim du Bellay. Chantons René-Guy Cadou, Jean l’Anselme et Jules Supervielle avec Martine Caplanne. Rockons Arthur Rimbaud avec Sapho et son Dormeur du val. Surprenons-nous avec Bernard Ascal et les poètes surréalistes. Réécoutons le double disque de Jeanne Moreau consacré à Norge...
Et n’oublions pas, bien sûr, les pionniers en ce domaine : Léo Ferré magnifiant tour à tour Apollinaire, Aragon, Baudelaire, Rimbaud, Verlaine, Villon. Georges Brassens « musiquant » Musset, Paul Fort ou Francis Jammes, tirant du purgatoire Jean Richepin et ses Philistins. Jean Ferrat « aragonisant » à tout-va pendant toute sa carrière.
Rendons hommage également à des interprètes comme Jacques Douai, Les Frères Jacques, Yves Montand, Hélène Martin, Colette Magny, Catherine Ribeiro, Francesca Solleville, etc. qui ont amoureusement bien servi la poésie. Qui se souvient encore que Si tu t’imagines... est d’abord un poème de Raymond Queneau avant d’être une chanson de Juliette Gréco ? Qui a conscience que Plaisir d’amour est un poème de Florian ?
Finalement, à bien y réfléchir, la poésie dans la chanson occupe la même place que dans la société : elle est marginale, presque invisible, en dehors du système marchand, ce qui fait à la fois sa faiblesse et sa force. Elle continue, en effet, d’être terriblement vitale...

En photo : Bernard Ascal

Jean-Claude Touzeil
 paru dans l’Estracelle, n° 2, 2016




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