Bandeau
La toile de l’un
Slogan du site
Descriptif du site
Le vin des crapauds
Article mis en ligne le 1er mai 2017
dernière modification le 26 avril 2017

par Alain BOUDET
logo imprimer

 


Je ne crie pas plus fort pour me prouver
Que je suis moins lâche, j’ai simplement plus peur
Car j’ai plus de raison d’avoir peur.

Mais je sais qu’en disant cela
Combien j’ai peur de moi,
Car ici commence l’intolérance.
Je pense être meilleur que l’autre.

Puisque le mot amour est ici frappé d’interdit,
À d’autres exils il faut veiller,
Plus loin encore chercher dans l’errance
Et ne plus prononcer celui de frère.

Le vin des crapauds
Saïd Mohamed
Illustrations de Bob de Groof
Éditions Les Carnets du Dessert de Lune, 2017
ISBN 978-2-930607-85-6
18,00 €

On ne guérit pas, dit-on, de son enfance. Certains l’ignorent, d’autres pas. Saïd Mohamed est de ceux-là.
Il y a cette enfance qui nous façonne et qui nous marque, parfois au fer rouge. Ce temps que l’on vit parfois - ce fut le cas - dans un arrachement qui met à vif, une brutalité qui donne envie de briser les cadres. 
IL y a la conscience que l’on en a et qui permet aussi, plus tard, de relire cette enfance comme la chance de ce qui vient et où l’on a sa part à construire. L’enfance est aussi une fenêtre ouverte dans le mur. Dans les murs. Tous.
Il y a aussi cette conviction que la parole peut être prise et qu’elle est un puissant outil pour dénoncer et inviter autant qu’un vrai chemin vers soi et vers les autres.
Dès lors, l’adulte qui est au monde chargé de son passé, de son histoire, regarde ce qui l’entoure, ici et là-bas. Et tout ce qui en lui fait cicacrice redevient aussi plaie vive. La guerre, les destructions, l’exploitation, les pouvoirs de mort et d’argent (qui, de tous temps, vont si bien ensemble), les injustices, mais aussi l’indifférence, la veulerie, l’égoïsme, tout cela remonte dans un immense haut-le-cœur. L’écriture se fait vomissure qui libère, en les nommant, des sanies d’un monde auquel le poète appartient, en toute conscience, et où il trouve sa place en prenant la parole pour dire.
Ce "vin des crapauds" est un vin aigre. Il a la couleur d’une souffrance coagulée. Mais on aurait tort de n’y voir qu’indignation et désespoir. Derrière le désarroi dont il témoigne, le poème érige son phare, appelant à l’éveil et à la vigilance, affirmant aussi une présence qui, dans le partage de la parole, est finalement salutaire et fraternelle.

Alain Boudet




pucePlan du site puceContact puceMentions légales puceEspace rédacteurs pucesquelette puce

RSS Valid XHTML 1.0 Strict

2014-2017 © La toile de l’un - Tous droits réservés
Site réalisé sous SPIP
avec le squelette ESCAL-V3
Version : 3.87.31