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Moujik Moujik
Article mis en ligne le 1er janvier 2019
dernière modification le 2 décembre 2018

par Alain BOUDET
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Je voudrais être demain
Je voudrais toujours être demain
Et puis hier avant-hier
Le jour où j’ai appris à pêcher
avec mon père
Ou l’année prochaine
Le soir où j’ai serré cette fille
dans mes bras
assis dans l’herbe près du pont
Je voudrais être un autre jour
Celui où j’ai plongé pour la première fois
dans la rivière sous les hourrahs
de mon frère
Je ne veux jamais être aujourd’hui
Ce moment


Moujik Moujik
suivi de Notown
Sophie G. Lucas
(Éditions) La Contre Allée, 2017
ISBN 978-2-917817-92-6
18,00 €

Ce livre propose deux ensembles de textes réunis par le même souci de parler de ceux qui sont en marge. C’est, comme le dit l’auteure elle-même, des "marges" qu’elle part.

Le premier ensemble, Moujik Moujik, trouve son origine dans la mort d’un SDF nommé Francis. Un patient travail de reconstitution poétique de vies brisées. Le premier mouvement traduit précisément ces brisures dans un rythme des poèmes où la langue halète, se fragmente, comme un essoufflement où les mots eux-mêmes tremblent de froid. Francis est mort dans le Bois cet hiver 2008, comme tant (trop) d’autres cette année-là, visibles écartés-écartelés que l’on ne veut pas voir. Des hommes et des femmes mis à la marge : Dédé, Monique, Andrewjz, Raymond, Marie, Momo, Sony. Des vies qui parlent et qui racontent, dans l’engagement poétique de l’auteure, le gâchis des vies dans le hachis de la parole.

Le deuxième mouvement explore, dans des textes en prose, ce qui fait ces vies. Comme une écoute respectueuses où les parenthèses installent dans le texte un désir de précision qui accentue la vérité crue d’un réel que l’on n’imagine pas.

Le troisième mouvement prend forme d’une vie. elle n’a pas de nom mais elle est là, sur le banc près de la gare routière. Une écriture apaisée, sans heurts formels, mais qui s’interroge et qui interroge. On perçoit la détresse d’aujourd’hui, les cassures d’hier, l’inconnu de demain. Et l’on bascule dans un quatrième mouvement où un long poème accompagne une mort. Celle de Francis ? Celle d’un autre ? De bien d’autres. Avec une volonté de respect dans l’abomination de la pauvreté, mais avec cette appellation : "mon père" qui ancre cette mort dans une forme de dignité et de reconnaissance.

Le second ensemble, Notown, nous fait traverser l’Atlantique pour rejoindre une ville dévastée par la crise des "subprimes". Une ville sans doute mais des vivants surtout. Sophie G. Lucas est tout à la fois, dans sa démarche d’attention et d’écriture, journaliste et poète. Et ce livre nous fait entrer magnifiquement dans la rencontre d’une humanité douloureusement attachante qui devrait briser les indifférences.

Alain Boudet




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